Éditorial d'Août 2018

Du mardi au vendredi

Mardi :

 

Ma tension semblait bonne : 13 – 7...Les pulsations : 71. De quoi se plaignait le peuple !? Je baissai d'un cran le ventilateur trop zélé qui me dispersait les papiers dans tous les coins, depuis des jours, et faisait pleurer mes yeux, de jour comme de nuit. La nuit, le ventilo faisait relâche. Si ce n'était pas la tension qui déconnait, ni le cœur non plus, alors, l'hypoglycémie, peut-être ? La moitié d'un flan au caramel ferait l'affaire, en guise d'apéro. «  Allez, ma vieille, à table ! Ce petit flan, avant la soupe, pas mal comme idée ». La position assise, la loupe à la main pour déchiffrer les microscopiques instructions suite à l'achat du nouveau téléphone, tout en grattant le fond du pot de flan au caramel, tout cela devrait normalement me redonner un nouvel élan, et plus d'allant pour oeuvrer, debout, à mes multiples occupations que je n'essaye même pas sérieusement d'évoquer tant elles me semblent peu compatibles avec cette sorte de glue qui fige mes idées dans la boîte crânienne, et me colle carrément les jambes sur la chaise, au lieu de les laisser libres de se complaire dans les galipettes dont elles sont coutumières. 37 ou 38 à l'ombre aujourd'hui ? Je conçois qu'on puisse mourir de chaleur. Oui, oui. Tout à fait ! Et encore, observa Yvette l'autre fois : »Ta maison est fraîche, c'est pas comme dans mon appart... ! »

 

Hypo, à même pas 2 h du petit déj...tu déconnes, ma vieille ! Et 0,9 g par litre avait détecté le testeur de glycémie, chez le pharmacien, à jeun, la semaine dernière, faut pas déconner non plus, c'est bon. Quoiqu'il prétende. C'était quoi au juste, cette petite réserve, dans sa voix, lorsqu'il m'avait dit : »Revenez quand même, pour contrôle... » ? 

 

Heureusement qu'existent les pharmaciens. Pour remplacer les médecins, à présent trop souvent trop occupés ! Ah, mon couple de pharmaciens ! Quasi-amis que je rencontre bien peu souvent, et encore, bien plus pour demander conseil que pour m'approvisionner en « bonnes substances » !  J'ai une sainte horreur des médic : Tu places un doigt dans l'engrenage, et ça te mange tout le bras. Tu t'enlèves un bobo par ci, et hop, un autre apparaît par là. Tu t'enlèves le bobo par là, et hop, un 3è cachet pour t'enlever le 2è, et un 4è pour t'enlever le 3è. Finalement tu te retrouves avec un sac de cachets,  comme Jean-Gilles, mon gendre, l'autre fois, à qui j'ai affirmé, effarée : »si je prenais tout ça, je serais morte depuis longtemps ! »

 

N'empêche qu'à défaut de l'être déjà, je vais peut-être l'être, un de ces 4, avec ou sans mes pharmaciens complaisants testeurs de glycémie. J'aurais dû savoir qu'après 11 h du mat, si je ne suis pas descendue au r.d.ch., grâce à la dalle de la terrasse à l'arrière, exposée en plein sud, ma tête s'embue, et ma respiration commence à rétropédaler, avec ou sans ventilo, les volets entrouverts ou fermés n'y changeant rien. La douche tiède-froid, c'est vrai, m'aide un certain temps, le temps que mes cheveux sèchent à moitié et que j'aie repris quelques inspirations profondes. Bois, Maman, scande ma fille au téléphone. Quand vous n'avez pas soif, et qu'une barre vous verrouille la glotte, vous faites quoi pour boire, au juste ? C'est plus vite dit que fait, de même que respirer est plus vite dit que fait lorsque vous avez un rocher placé sur la poitrine. Belles théories, tout ça !

 

Vendredi

 

Bon, ben c'est fait : enfin de l'ordre dans les 2 pièces de la partie inoccupée de l'étage. Quand je parle d'ordre, ce n'est pas uniquement la poussière enlevée au milieu ainsi que dans les coins, et le linge repassé enfin mis dans l'armoire. C'est d'abord ce que pendant des années on se décide enfin à ranger (un peu honteusement) à la poubelle, telles que : jolie pagode en points crochetés, à dominante bleu nuit – rouge pourpre – sur fond de satin noir : pure création de ma main, il y a plus de quarante ans de cela,  enroulée et placée à gauche, sur le marbre poli de la commode...depuis... ? Oui, depuis quand, au fait !?A droite : des bobines de fil à moitié vides, enchevêtrées dans un filet de fils de tous calibres et de toutes couleurs, placées dans toutes sortes de contenant en osier, papier mâché, verreries, fils de fer divers, boîtes à boutons en tressé de plastique, le tout vaguement poussiéreux au toucher – et censé décorer le dessus  de la même commode...depuis...depuis quand, au fait !? Cela fait beaucoup de décoration bizarroïde pour une vitrine plutôt étroite...Des coussins passés de mode, encombrant des fauteuils au tissu terni, certes confortables, mais sentant le renfermé. Depuis ? Depuis les grandes chaleurs, ou un peu avant ? Depuis un peu avant, ou longtemps auparavant !? Depuis aujourd'hui, vendredi agréablement frais, ou depuis des mois, pendant que mon regard se détourne ? Mon regard, rafraichi par la baisse brutale de la température, qui voit enfin tout ce qu'il n'avait pas su ou voulu voir, des années durant...Pour évacuer tout ça, il ne faut pas vraiment de force physique, en soi, ce n'est pas très lourd ! Mais, croyez-moi, cela requiert une force mentale incroyable...Depuis des années, je l'appelle de tous mes vœux, cette providentielle force, et elle s'est bien fait attendre !

 

 

Mais ce matin, vendredi tout empli de fraîcheur, succédant à un mardi à 38 à l'ombre, la voilà enfin qui me tombe du ciel – cette force si nécessaire aux initiatives héroïques (à marquer dans le livre des records ):

 

J'ai oeuvré - rangeant par-ci, jetant par-là, pendant des heures, pour enfin, en début d'après-midi, la porte du haut entre-ouverte sur la dalle totalement fraîchie d'une terrasse célèbre pour y cuire des œufs de 11 h du mat à 6 h du soir – l'été –pour enfin – l'oeuvre accomplie – en savourer le résultat -   dans une joie paisible : celle de contempler mes deux pièces rafraichies dans tous les sens du mot : propres, nettes, agréables à humer! Grâce à une initiative héroïque, non programmée, inespérée, celle-ci elle-même liée à une petite chute de température. 

 

Enfin, petite, je ne sais pas.

 

Comme quoi, si on peut concrètement « mourir de chaleur », l'on peut très bien aussi « ressusciter suite à une bonne fraîcheur ». Ce qui fut concrètement réalisé. Dès vendredi ! Chez vous aussi, je suppose !?   

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