Éditorial de Février 2021

HISTOIRE SANS QUEUE DE PORC NI TÊTE DE VEAU

Il y a tout de même dans cette histoire de COVID deux industries qui se portent comme un charme : celle de la fabrication des vaccins, et celle de la fabrication des masques. Sans compter celle du gel hydroalcoolique, indépendamment bien sûr de celle de la fabrication du whisky.


 

Je rêve à tout cela en parcourant les rayons du KASSPRI (nouvelle grande surface...Vous ne connaissez pas!? Pas mal. Essayez voir, un de ces jours, histoire de voir...).On y trouve même des petits caddys. Pour les petites bourses et les petits biceps.


 

Au fait, que vient faire le whisky dans cette histoire !? Ben ma fois, rien ! Il se trouvait juste sur le chemin que j'emprunte régulièrement en poussant le caddy d'une main, tout en maintenant prudemment mes lunettes à nouveau embuées bien au chaud, dans ma poche, de l'autre main. Il s'est greffé sur le cours de mes pensées, et celles-ci, en fait, sont surtout occupées à préserver l'intégrité de mes verres correcteurs, trop souvent embués. C'est la faute au masque. Ouais. Il faudra que je m'en achète un paquet en pharmacie, l'un de ces jours, car à force de laver – doucement – en cachette – et sans m'en vanter spécialement, ces précieux préservatifs de notre intégrité, viendrait bien un jour le moment où ils finiront par se déchirer en lambeaux devant la caissière, mettant mon nez à nu, face à tous, en même temps que mes tics d'économie à tous crins ! Parfois, il m'arrive de me demander où s'accroche cette matière plastique spéciale après usage. J'en vois parfois traîner dans la boue au bord des trottoirs. Ils sont bien plus costauds qu'on ne pourrait croire. (Je n'irais peut-être pas tout de suite m'acheter mon nouveau paquet de masques, finalement...)


 

J'avais quitté le rayon alcool et abordais celui des produits de beauté. Sacré stock, quand même. Peut-être aujourd'hui y trouverais-je de l'Eau de Cologne ? Depuis un moment, celle-ci s'est ajoutée à la liste des choses simplement rêvées, disparues de la terre. Pour cause de malvente. D'innombrables flacons plastiques, de toutes formes, de toutes couleurs, épaisseurs et senteurs, ornent les rayons. Le temps de changer d'endroit, de perverses pensées m'assaillent : en supposant que le magasin soit placé près de la mer, et qu'un tsunami s'engouffre par les portes, cela ferait combien de tonnes de plastiques en plus, s'accrochant aux Atolls ? Le précieux contenu intérieur des flacons aux suaves effluves mettrait combien de temps à être absorbé par les crevettes, moules, saumons, requins, coraux, méduses, et autres petites ou grosses bestioles !?


 

Sans compter qu'un tsunami pourrait très bien, sans effort spécial, s'engouffrer dans toutes les portes de tous les Hypers de la région. Et finalement pas seulement de la région...heuh... Combien de grands sacs jaunes pour y placer ces flacons multicolores? Sans compter les bouteilles de lait, d'eau minérale, et même...mes minuscules unidoses de collyre? Et depuis que Roger n'est plus , et que je ne manie plus journellement les crèmes prétendument adoucissantes qui avaient réussi, en y mettant le temps, à transformer son épiderme en une immense cloque dont aucun dermato n'était venu à bout – sauf l'abstinence totale d'utilisation de la crème aux multiples vertus – depuis – je les fuis, ces crèmes, comme la peste – mais ne le répétez surtout pas, cela me ferait mal voir d'un certain nombre de personne, à commencer par mon amie Maggy, placée dans toutes mes histoires, et qui n'a toujours pas trouvé la crème idéale, à étaler juste sous le sourcil, et aussi sur la paupière du dessous.


 

Bon, aucun tsunami en vue. Cela laissait un certain sursis. À la fois à l'économie mondiale, et au respect de mon planning de l'après-midi.


 

Pour que KASSPRI et autres bienfaiteurs de l'humanité puissent payer le personnel, éviter le chômage, faire tourner l'économie et peut-être jouer en bourse, ce serait mieux que les tsunamis restent cantonnés en mer de Chine. Et que les masques les y rejoignent. Lentement mais sûrement, certes. Est-ce que j'allais, ou non, y joindre les principes actifs des 32 cachets journaliers dont Marguerite, à l'EHPAD, m'avait entretenue !? (Depuis qu'elle n'en prenait plus que 12, sa santé s'était considérablement améliorée, m'avait-elle confié récemment !) Je préférais mille fois que ce soit les Chinois qui héritent des 32 principes actifs rejetés en mer par les 32 cachets de Marguerite, plutôt que mon gentil neveu de Béziers. Principes actifs multipliés par un certain nombre d'humains, puis multipliés par un facteur temps forcément limité – car mathématiquement – un jour - l'humain ne rejetterait plus rien, vu qu'il aurait réussi à faire le vide, autour de lui, et dans lui.

Avec ou sans masque. Et qu'il s'agisse de chinois, ou de personnes génétiquement plus proches.


 

Mais nous n'en étions pas là, heureusement !

 

Mon caddy pour petits biceps était presque plein. Je m'étais laissé tenter par de la pâte feuilletée toute prête, à l'huile de palme, mais c'était une exception. Je fourrerais la tarte avec de vrais poireaux (bien lavés, évidemment !) Je ferais moi-même la béchamel, avec du vrai beurre. J'y placerais mon saumon d'élevage- pas vraiment fameux – certes - mais bien apprêté – tout à fait acceptable. Je m'en reléchais les babines à l'avance, derrière mon masque qui ne devait pas totalement, cacher mes pensées.


 

Il faudrait que je fasse attention à cela : cacher mes pensées. C'est vite fait de se faire mal voir par les temps qui courent. Et depuis que j'ai lu cette histoire de nanoparticules plastiques trop petites pour être retenues par les barrages naturels de la peau et des muqueuses, lesquelles particules se trouveraient déjà en quantité décelable dans le saumon...depuis, je dois le dire, j'achète moins de saumon. Par contre, pour Nadal, mon gros Beauceron vorace, j'achète toutes les semaines 7 kg de bas morceaux (un kilo par jour). Cela forme une montagne immense dans mon petit caddy. Car chaque demi-petite tête de porcelet est emballée dans un confortable et immense récipient de mousse plastique – pour faire plus propre. Même sort réservé aux rognons et aux cœurs de porc ou de bœuf. Cela fait de beaux paquets. Dignes, presque, d'être placés sous le sapin. Avec, sous le consommable, une épongette en mousse toute douce, pour absorber l'excès de sang, et ne pas couler dans le coffre de l'auto.Tous les lundis, mon grand sac jaune, offert par la mairie, attend, dehors, archirempli de ces aimables coffrets de mousse plastique, que le camion passe récupérer.


 

Il faut que je choisisse : plus de mousse plastique et plus d'abats pour mon chien – ou des abats pour Nadal, et du plastique pour mon saumon...

J'ai préféré mon chien au saumon. Mais quelqu'un m'avait déjà soufflé de préférer les croquettes aux bas morceaux. Mais contre les croquettes, j'ai de plus un parti-prix. Que je n'ose vous confier. Avant que d'être sûre que vous ne le répèterez pas ! : Si la vente des croquettes baisse dans le monde, s'en sera fini avant l'heure de la maîtrise de notre économie, même avec un petit e !

Et Nadal ne disposera dès lors même plus non plus de ses bas morceaux, avec ou sans coffret plastique !


 

Vous saisissez le dilemme !?


 

Du coup, je dirige mes pas vers la caisse et essaye de m'engouffrer dans le tunnel de sortie avant la dame au bonnet blanc, laquelle, insidieusement, a tenté de s'y faufiler avant moi, y est presque parvenue...et...ah mais non... bien joué, Simone, la voilà qui, mine de rien, est obligée de me céder la place !

 

Les boîtes calibrées, pour Nadal, s'accumulent sur le tapis roulant, caracolant les unes sur les autres. Une idée me vient brutalement. D'un peu loin, j'interroge la caissière, en forçant la voix :

«C'est bien autorisé de payer en espèces, ici !? »

« Ah non, Madame, c'est la caisse à côté ! »

La dame au bonnet blanc réprime un petit sourire. Je le devine à l'éclat scintillant, au fond de sa prunelle. J'aimerais pouvoir être grossière, mais les mots crus ne me sortent jamais de la bouche quand il le faudrait !

Les gens s'écartent. Je joue des coudes, après empilement en catastrophe des boîtes de Nadal dans le minicaddy. Le masque me colle aux lèvres, un peu mouillé de salive et de sueur.

 

Enfin ! Je suis dans la bonne queue. (Ils ont peur du liquide à cause du COVID, et moi j'ai peur de la carte bancaire...) Peu de gens très chargés devant moi. Une personne au caddy rempli quasi jusqu'au plafond m'a prise en pitié, et m'a cédé sa place. Je la remercie d'un sourire soulagé. Finalement, ce n'est pas parce les gens chargent leur caddy jusqu'au plafond qu'ils sont méprisables. Ou idiot. Ou dépensiers à l'extrême. Parfois, c'est vrai, mes jugements sont trop péremptoires. J'ai tendance à mettre en avant la connerie avant les qualités humaines ! Certes, c'est vrai, les 10 bouteilles de sodas, derrière moi, sont superflues. Non seulement, mais de plus, elles vont donner du diabète, tôt ou tard. Les packs de bière, carrément, devraient ne pas exister. Et les saucisses fumées, pour accompagner (elle a fait des provisions, c'est évident...) - bon – à terme : carrément mortelles, ces saucisses : sucre, sel, nitrites, graisses...

 

« Madame, heuh, vous vous nourrissez très mal !! »

 

J'imagine ses grands yeux, plein de reproche et de surprise, à entendre cette phrase. Heureuserment, elle ne franchira pas mes lèvres ! Je ne suis ni effrontée, ni ingrate !

 

Ni inconsciente..

 

Ce n'est pas demain la veille que de « petites dames », comme moi, vont réformer le monde 

 

Mes packs plastique pour mon ogre sont à l'abri, dans le coffre. Je replace mes lunettes sur mon nez, encore un peu humide de sueur.

 

En voiture, Simone !

 

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