Éditorial de Janvier 2020

Dédié à Mme le Docteur Anne CHLECQ

HOMMAGE A ANNE

 

Anne

 

Ce Nouvel-An du début de cette nouvelle décennie se fêtera, comme tous les autres, joliment et richement pour les uns, et quelconque, voire douloureux, pour un certain nombre d'autres.

 

Toi, tu ne seras simplement plus là.  C'est dur de penser que, si discrète et pourtant si présente, si fine, élégante, bouillonnante par-dessous ton petit sourire philosophiquement amusé, tu aies disparu, simplement. Évaporée. Sans un mot de plainte. Partie.

 

Déjà, lors de plusieurs Assemblées Générales, tu avais déserté le poste. Là, j'avais compris, déjà, sans que tu m'en touches un mot, que « c'était grave. »

 

La maladie du siècle t’avait, toi aussi, retenue dans sa nasse… Chaque fois qu'elle t'accordait une accalmie, et te permettait d'oublier, un petit instant, son rôle affirmé de grande faucheuse, alors, prenant une petite voix assurée, au téléphone, tu claironnais : « Coucou Simone ! Je t'envoie une photo : dis-moi comment tu me trouves, avec mon nouveau chapeau !? » 

 

Du moins il me plaisait de l'entendre ainsi. Dans les faits, tu m'appelais Simone. Et tu me disais « vous ».

 

 

Anne était ravissante, avec « tous ses chapeaux ». Pour moi, elle avait toujours évoqué Julia Roberts. Sur ses dernières photos, envoyées par mail, elle était plus mince que jamais. Presque transparente. Je n'avais jamais osé lui dire à quel point je la trouvais belle et intimidante. D'une aisance rare. Dans sa tenue. Et ses discours. Improvisés, fluides. 

Juste un – petit – bémol : un brin trop secrète – trop pour jamais accepter de se confier, véritablement. Souvent, c'est la pudeur qui l'empêche...

 

Nous nous étions connues sur la glace. Au Kockelcheuer, où tu venais entraîner Justine, ta fille, adolescente douée, évoluant dans sa bulle personnelle de sportive privilégiée. Tu m'avais considérée, bouche bée, évoluant dans les bras d'un jeune prof venu de je ne sais plus quel pays nordique. Alors, je t'avais tutoyée, en riant, et toi, tu m'avais promis : « je ne vous tutoyerai jamais, Simone, je ne pourrais pas ! » Et tu avais tenu ta promesse. 

 

Et ensuite, visiblement stimulée par mon exemple, peu à peu, tu t'étais transformée en petite fée, évoluant, légère, sur la piste, comme la reine des neiges. 

 

La vie t’avait gâtée : tu étais parée de qualités, du titre de docteur en médecine, et tu jouissais d'un confort de vie que beaucoup auraient envié. De beaux enfants, aussi. Et un époux qui fut, de son vivant, un médecin spécialiste apprécié.

 

Mais, au travers des ronds de fumée que, gracieusement, tu soufflais en l'air, vers les nuages, se superposait, en filigrane, ta vie secrète. Celle de la reine des neiges, sensible et blessée. Petite image stoïque qui se fondit, comme ton double, dans la brume, un certain jour de l'année 2019.

 

Il devait y avoir du brouillard, derrière les tours du château de Disney Land, où, un beau jour de l'an 2019, tu disparu, comme Mary Poppins l'eut fait, malicieuse. En quelque sorte, d'ailleurs, tu ETAIS Mary Poppins. A la place de son parapluie, tu avais tes chapeaux. Ils voletaient dans les airs, gracieux, tels ceux d'un prestidigitateur. 

 

Tu avais soixante et un an. A cet instant précis. Je veux dire au moment où tout de toi s'estompa dans la brume. Par rapport à moi, tu étais privé d'un tiers de ta vie. Mais les fées ne sont-elles pas éternelles ?

 

Un jour je t'avais demandé : « Tu veux m'écrire un texte médical, pour notre site !? Et tu avais répondu, sèchement : « Non ! ».

 

C'est là que j'avais compris que tu avais amorcé, dans ton parcours, le demi-tour qui nous fait parcourir à tous le chemin à rebours, pour nous faire disparaître, dans le brouillard, derrière les tours de Disney Land.

 

Auparavant, tu avais réalisé plein de choses : tu avais écrit une très belle introduction pour mon fameux magazine « Allo Docteur » dont je m'étais occupée, ensuite, des années durant, sur le site d'Intercomsanté 57. Tu y es encore visible, à mes côtés, ainsi que plein d'autres acteurs de santé, sur la toile où la technologie moderne et le dévoué Webmaster, le Dr Jean Claude Busac, nous a tous figés dans un présent éternel.

 

Tu fus, également, très longtemps, la Présidente active, du Club Hiversport du Luxembourg, basé au Kockelcheuer, près de Bettembourg. Et aimée et appréciée, aussi, à la patinoire de Metz.

 

Et je me souviens de ton superbe chien au long poil noir et blanc, dont je n'ai jamais retenu le nom de la race. Ton amie fidèle, la belle JOLIE.  Ta fille. Toujours couchée à tes pieds, lorsque tu faisais tes longs voyages vers le sud. Et qui se cachait sous ma table, pendant que, les lèvres pincées, tu contemplais mon gros Yack, berger allemand un peu trop trépidant à ton goût.

 

Yack m'a quittée, derrière les tours de Disney Land, depuis quelque temps déjà !

Pour le mois de janvier, coutume est d'écrire des choses gaies, porteuses d'espoir. Stimulantes. Encore imprégnées du parfum des belles dames d'antan. De tous les temps. Énergisées par le pétillement des bulles de champagne.

La mélancolie n'est pas de mise.

C'est toi la première qui l'affirmerait ! Alors, OK, Anne, trinquons ensemble : à la prospérité des associations, et de leurs membres. Souvent sympa, et toujours dévoués. A Nadal, mon dernier chien, Beauceron de deux ans, qui est le plus emmerdants des garçons de la terre que j'ai jamais connu, outrageusement gâté, voleur et menteur, et adoré de surcroît !

 

 Trinquons au temps qui passe, et qui fait disparaître les gens, les animaux, et les paysages, dans le brouillard, et en renaître d'autres, selon un cycle mystérieux, et qui semble, lui, éternel !

Notre association a décidé d'un don à la Fondation pour la lutte contre le cancer du Luxembourg, pour répondre à ton dernier souhait.

 

Alors, au revoir, Mary Poppins. Gardes tes chapeaux bien à l'abri sous ton parapluie de rêve. Peut-être qu'un jour nous les reverrons jaillir de l'autre côté des tours de Disney Land. Dans une gerbe de neige lumineuse. Elle aura, enfin, remplacé cette terrible pluie de cette fin décembre. Je t'avoue que je la supporte mal.

                                                                       Simone, ton amie.

                                                                       Présidente de Santé-OK ?

                                                                       Fin décembre 2019

Commentaires (1)

Jeremy
  • 1. Jeremy | 29/12/2019
Très bel hommage Simone. Une pensée pour Anne et sa famille.

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